Une Recyclerie innovante est une éco-structure qui s’inscrit dans le champ de l’économie sociale et solidaire et le développement durable. Elle est sur son territoire, un des leviers d’action pour la réduction des déchets encombrants par le réemploi et la réparation. Elle est à la fois un centre de récupération, de valorisation, de revente de déchets et d’éducation à l’environnement.
Son action est inscrite dans le schéma de prévention et de gestion des déchets d’une communauté, comme le défini la directive européenne de 2008. Au quotidien, elle donne la priorité à la Réduction, au Réemploi puis au Recyclage des déchets en sensibilisant son public à l’acquisition de comportements respectueux de l’environnement.
Acteur du développement local, elle tisse de nombreux partenariats culturels et interprofessionnels, crée des emplois locaux socialement utiles, privilégie le service à la population en étant très attentive à la qualification et à l’épanouissement de ses salariés, crée du lien social entre les générations.
Contribution de l’association au plan de prévention des déchets de LA CUB
Solutions créatives pour le développement du réemploi des déchets encombrants
Secteur d’activité : Bordeaux
Buts et missions : agir en faveur de l’environnement, en favorisant la seconde vie des objets, mobiliers et matières dans une démarche éco solidaire, créatrice d’emploi vert.
Introduction
Depuis 1975, date de la première loi sur la collecte de déchets en porte à porte, auquel se sont ajoutées en 1992, les obligations sur la mise en place du tri sélectif, les difficultés d’absorption des volumes de déchets produits par chaque ménage, oblige à adapter sans cesse les modèles.
Pour favoriser la collecte et le traitement de certains déchets ménagers, l’Europe a mis l’accent sur la nécessité de prélever une écotaxe au moment de l’achat de chaque nouveau produit, dans le domaine de l’électronique, le matériel électrique puis le textile et enfin le mobilier depuis janvier 2012.
La réalité de la destruction d’une partie non négligeable d’équipements pouvant avoir une seconde vie, a depuis longtemps éveillé des initiatives et généré des ressources. Le précurseur a été Emmaüs, jouant ce rôle de récupération et d’accès à la seconde main plutôt que la destruction, auquel se sont ajoutées depuis une décennie, des recycleries qui se sont développées en France, en majorité sous l’impulsion de chantiers d’insertion, dans des régions à fort taux de personnes éloignées de l’emploi.
La Gironde, souhaitant s’inscrire dans une dynamique nationale et engager le développement de ces éco structures, l’a inclus dans le plan déchet de 2007, fortement influencé par des obligations européennes et le Grenelle de l’environnement.
Le bilan de 2012, pour ce qui concerne Bordeaux et plus largement la CUB, révèle que les écotaxes ont permis de soutenir ou de mettre en œuvre des systèmes de collectes des déchets électriques et électroniques pris en charge par ENVIE.
De même pour le textile, des ramassages sont gérés par AMOS et LE RELAIS grâce à des collecteurs déployés largement sur l’espace public. Malgré cela, il reste des volumes importants qui partent dans la poubelle ou en dépôt sauvage.
En ajoutant la Responsabilité Elargie du Producteur (REP) sur le mobilier en janvier 2012, pour une mise en œuvre concrète en octobre, des dynamiques sont à créer entre les structures, afin d’associer les métiers de la collecte et du réemploi dans l’objectif d’augmenter la disponibilité des produits en seconde vie, afin d’agir à la baisse sur les volumes détruits et générer des ressources socialement utiles.
Méthodologie
Parce que les déchèteries ne sont pas toujours accessibles à tout le monde, en raison de leur éloignement, de leur rareté ou par manque de moyen de transport des usagers, il est envisagé de créer dans certains quartiers de Bordeaux, des points de collecte qui viendraient compléter le ramassage, opéré par le service propreté de la Mairie, des encombrants sur rendez-vous ou en dépôts sauvages.
Ces points de collecte, difficiles à intégrer et rejetés par la population à proximité, mériteraient d’être envisagés sous forme de micro recycleries, pouvant faire office de collecte d’encombrants sur un quartier, auquel une dynamique de réparation, de valorisation, d’échanges serait ajoutée, plutôt que de détruire systématiquement. Appuyé par des véhicules à énergie propre, tournant quotidiennement sur une zone restreinte, la facture carbone du traitement pourrait être limitée, tout en apportant un service fonctionnel pour les habitants.
Sur Bordeaux, l’implantation de 4 à 5 structures localisées, reliées à un centre ressource, permettrait de couvrir une partie conséquente des problèmes de dépôts sauvages, participerait à la vie du quartier par des ateliers citoyens de réparation, créateur de lien social, produisant des ressources, générant des emplois localisés et profitables, pouvant être des tremplins pour des personnes éloignées de l’emploi.
Expérimentation réelle menée au Grand Parc
L’expérimentation menée au Grand Parc, avec un atelier de 170 m2 et une boutique de 140 m2, démontre que les fonctions ne se limitent pas à la seule collecte de matières. Les habitants adhèrent aux fonctions de la Recyclerie parce qu’elle est proche de leur quotidien et produit une activité de proximité accessible.
Elle sensibilise concrètement et par l’exemple à une gestion plus respectueuse de l’environnement. Par ailleurs, les compétences développées dans les ateliers, permettent de proposer des modules d’apprentissage à la réparation, la valorisation et des ateliers artistiques liés à la récupération.
En complément, les métiers exercés pour réemployer peuvent être utiles à des acteurs de quartiers souhaitant aménager ou entretenir leur installation.
Exemples réalisés : construction d’une cloison en caisses de bois au rebut au Centre d’animation, produit en atelier pédagogique avec des adolescents, pendant les vacances ; aménagement d’un jardin surélevé à la Maison de Retraite, pour faciliter l’accès au jardinage des personnes âgées, devant travailler debout ou en fauteuil ; fabrication collaborative avec les habitants d’éléments de costumes et de décors pour le carnaval, etc.
Ses activités sont le relais d’actions de sensibilisation engagées avec les écoles et collèges de proximité. Pour l’année scolaire 2011/2012 sur le Grand Parc, 4 interventions pédagogiques en écoles primaires et maternelles, plus formation des professeurs à des activités manuelles de transformation ; 22 ateliers de valorisation de matières avec les collégiens.
Le complément de la Boutique dans le centre commercial, a permis de vendre à très bas prix un certain nombre d’équipements et mobiliers récupérés sur place, initiant le réemploi en circuit court et permettant une ressource financière autonome créatrice d’emplois en insertion.
En très peu de temps, elle est devenue un lieu d’échanges, de sensibilisation, de service auprès de certains habitants qui y trouve une écoute, un achat accessible ou un service de récupération de leur encombrants.
La collaboration engagée avec les bailleurs sociaux, conduit à expérimenter des modèles innovants de gestion des encombrants dans les résidences, privilégiant la préservation du bien, le don ou le troc.
La Recyclerie créative, centre ressource de gestion des déchets encombrants
La création d’un centre relais, installé sur 1 000 à 2 000 m2, permettra de mutualiser et d’optimiser les activités de collectes, de valorisation et de vente.
Pour la collecte, création d’un service de ramassage des excédents dans les structures de quartier, auquel s’ajoute une plate forme d’accueil pour l’apport volontaire comme choix alternatif à la déchèterie.
Une brigade d’intervention, constituée de ressourciers/valoristes, permettrait de mener des actions en déchèteries. Ses prestations seraient articulées autour du prélèvement de pièces réemployables, avec un volet sensibilisation à la prévention auprès des usagers. Pour faciliter l’adhésion des agents d’accueil dans les centres de recyclages, un module de visite à la Recyclerie créative, pour expliquer la démarche et les obligations territoriales, serait planifié avant d’engager une intervention sur site.
Récupération des matériaux au rebut, dans la distribution bricolage, pouvant être utiles pour les besoins des ateliers ou rendus accessibles pour la rénovation de l’habitat, a destination de ceux qui n’en ont pas les moyens.
Pour la valorisation, installation d’ateliers regroupant tous les métiers manuels utiles à la réparation et la transformation (ébénisterie, peinture, couture, tapisserie décoration, soudure, etc.). L’équipement sera prévu pour démanteler, former et réaliser un travail de valorisation artistique qualifié.
Ouverture au public d’une Boutique permettant la commercialisation des matières et objets en l’état ou ayant profité d’une survalorisation.
Lieu d’accueil, disposant d’un pôle sensibilisation à la réduction des déchets, recevant des groupes pour des visites pédagogiques ou des formations professionnalisantes, développant le potentiel des emplois verts.
Le centre sera en charge de la gestion administrative de toutes les structures de quartier.
Cette plateforme ressource, recevra des groupes organisés en intelligences collectives, travaillant sur le pilotage de nouvelles initiatives ou expérimentations, pouvant faire émerger des modèles innovants socialement constructifs, au bénéfice de l’environnement.
Connecté aux nouveaux moyens de communications et aux réseaux sociaux, la Recyclerie créative diffuse au plus grand nombre, des idées de valorisation permettant le développement individuel du recyclage autonome.
Sur toutes les manifestations sur lesquelles des pièces valorisées sont exposées, il est immanquable de constater qu’un public réceptif est très motivé à reprendre un certain nombre des idées présentées, afin de reproduire les transformations sur des mobiliers ou objets qui les entourent.
En diffusant largement des modèles sur internet, une dynamique de développement d’activités de réutilisation se met en œuvre dans les foyers ayant ce potentiel créatif et manuel. Cette production autonome, comporte des possibilités de volume conséquent, ne constituant aucune charge pour la collectivité puisque la part d’abandon est diminuée en amont.
Cette démarche est déjà active par la diffusion d’idées de transformations, en collaboration avec un grand magazine féminin national.
Pour optimiser les outils offerts par les nouvelles technologies qui accompagnent notre quotidien, une production innovante d’information, sur la gestion des déchets de chacun, serait proposée sous la forme d’une application disponible sur Smartphone.
Aidé par la géo localisation, chaque citoyen, pourrait obtenir une réponse instantanée et adaptée sur la conduite à tenir face à un déchet.
Exemples : vous avez une table dont voulez vous débarrasser, en tapant ’’table’’ vous aurez plusieurs solutions proposées pour qu’elle soit déposée dans une recyclerie, abandonnée en déchèterie ou proposée sur un site de don, en fonction des critères de qualités que vous aurez renseignés. La géo localisation donnerait le lieu adapté le plus proche d’où vous vous trouvez, en fonction du choix sélectionné.
Cette technologie serait valable pour tous les déchets générés, que ce soit pour le tri sélectif, ou les produits de consommation recyclables, en indiquant la meilleure solution pour l’environnement.
Pour une ‘’bouteille en plastique’’ l’indication donnerait le dépôt dans la poubelle verte qui est collectée tel jour de la semaine.
Pour les ‘’piles’’, l’indication proposerait le magasin le plus proche disposant d’un bac. Pour une bouteille en verre, le collecteur à proximité.
C’est un travail assez conséquent de référencement de toutes les solutions et familles de produits, mais qui est tout a fait supportable par les technologies d’aujourd’hui et très adapté aux générations montantes.
Fonctions d’une Recyclerie créative
La Recyclerie créative s’articule autour de plusieurs fonctions :
La gestion, par le réemploi, des encombrants produit par la population, coopérant ainsi à la protection de l’environnement par la réduction des déchets enfouis ou brûlés, en transformant les encombrants, vers des objets et équipements retrouvant une seconde vie, auquel est ajouté un savoir faire et la vocation de lutter contre la manie de tout jeter.
Ce travail contribue à alimenter un ou plusieurs points de vente, avec les éléments les plus qualitatifs, assurant une pérennité économique à la structure sociale et solidaire. Toutes les pièces non valorisées, sont vendues à des prix très bas ou données aux associations spécialisées pour que les personnes les plus en difficultés puissent en disposer.
Ces fonctions ont vocation à générer l’engagement de jeunes non qualifiés ou des personnes éloignées de l’emploi, dans une logique de développement des métiers verts et la création d’activités ancrées localement.
Elle constitue un support d’accompagnement au changement de comportement par la formation et la prévention, en intervenant en milieu scolaire ainsi que sur des manifestations organisées sur l’espace public.
Elle est pour les artistes qui le souhaitent, un soutien dans leurs recherches créatives d’intégration de matériaux de récupération et d’exploration de débouchés économiques pérennes.
Dans ses fonctions de sensibilisation aux gestes respectueux de l’environnement, elle participe à des manifestations publiques ou les organisent de A à Z, faisant appel aux activités artistiques (comédiens, chanteurs, spectacle vivant, plasticiens, etc…) qui captent l’attention du public par leurs qualités spectaculaires et la diffusion de messages positifs, valorisant les gestes éco citoyens, tout en donnant une vision positive et communicative des valeurs à extraire de nos déchets.
Les moyens
Dans le cycle des déchets jusqu’à leur traitement, les recycleries sont intégrées dans la partie prévention. Elles profitent à ce titre d’une aide territoriale dans le cadre d’un plan de prévention et d’un soutien à l’installation pour moitié, porté par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie. Leur rôle social et environnemental reconnu, bénéficie d’un appui important des fondations sur la partie investissement.
Avec la nouvelle écotaxe sur le mobilier, qui a inclus dans son scénario le soutien aux structures de réemploi, les réponses aux marchés publics pour recevoir les fonds de cette écotaxe, devront prendre en compte le développement des solutions facilitant la seconde vie des objets et y adjoindre les moyens nécessaires pour créer les infrastructures.
Conclusion
L’engagement d’un diagnostic, avant de mettre en œuvre un plan de prévention des déchets sur un territoire, est une formidable opportunité pour repenser les modèles et identifier toutes les solutions qui pourront bénéficier aux citoyens, aux localités et à l’environnement, tout en ayant un engagement profitable sur la gestion des déchets.
Nous avons construit une société fondée sur la consommation et la croissance, toujours plus productrice de déchets. Les systèmes de traitement, facilitant la destruction ont parfaitement rempli leur rôle, mais les constats d’impacts négatifs sur les ressources naturelles sont sans ambiguïté.
Nous avons l’obligation pour les générations futures, de toujours envisager notre avenir économique par la croissance et la consommation, mais il sera nécessaire qu’une partie de cette production puisse générer des ressources avec ce qui a déjà été produit, en donnant une seconde vie aux objets et matériaux.
Les dispositifs incitatifs existent… Les citoyens sont en demandes… Les pouvoirs publics doivent répondre à des obligations… Clairement nous avons une extraordinaire occasion de capter les énergies volontaristes de toutes les générations souhaitant la mise en œuvre de systèmes respectueux de l’environnement, au bénéfice de l’homme socialement intégré.
Il est temps de considérer nos déchets comme les matières premières de l’avenir, génératrices de ressources profitables à une économie innovante, sociale et solidaire, garante de soutenir ceux d’entre nous qui sont le plus en difficultés.
